Connected / Installation vidéo / 2016


La question de l’évanescence des images se retrouve dans mon installation vidéo Connected.

Je me suis filmé pendant vingt quatre minutes face à mon écran d’ordinateur en train de surfer sur le net, passant d’un contenu à l’autre, me laissant guider davantage par les propositions qui s’imposaient à moi que par des choix raisonnés. L’image qui en résulte est un cadrage de mon visage sur fond noir qui reçoit les variations colorées et lumineuses de l’écran. L’installation présente vingt quatre projections de cette bande vidéo avec un décalage d’une frame entre chacune d’elles. Il y a donc en permanence une seconde de vidéo fragmentée en vingt quatre images qui est exposée au mur.

La projection des vingt quatre images sur plus de huit mètres de longueur, dans une salle obscure, donne l’impression d’une onde qui traverse de bout en bout. Une bande son, dans laquelle j’ai volontairement déstructuré la source pour ne garder qu’un résidu, parcourt elle aussi cet espace dans un effet de panoramique droite-gauche. Un flux d’informations lumineuses, colorées et sonores semble me parcourir continuellement sans que l’on discerne précisément le contenu. Toutefois, quelques éléments résiduels permettent de distinguer la nature de ces sources : vidéoclip, publicité, sketch humoristique, séquence de gags, information politique, scène pornographique, extrait de film, conférence philosophique, tutoriel de maquillage…

Le spectateur, qui est libre de se rapprocher ou de s’éloigner de cette bande d’images, est lui aussi baigné par la couleur qui lui est renvoyée et traversé par les sons. Il y a un effet de miroir qui se produit.

Lorsque nous nous connectons au net, sommes-nous complètement libre de nos choix ? Sommes-nous manipulés à notre insu ? Qui contrôle ce qui nous est proposé à l’écran, comment se font les liens, les cheminements, les analogies ? Qu’est-ce qui conditionne certains de nos clics ? Nous savons aujourd'hui que nos données personnelles sont captées, revendues, étudiées et exploitées pour pouvoir mieux nous cibler et nous solliciter. Que faisons-nous de toutes ces informations qui nous traversent, que nous regardons parfois de manière compulsive ?


Que se passe-t-il dans notre esprit, notre mémoire, notre inconscient, pendant et après vingt quatre minutes de connexion ?